Zoom sur la filière quinoa en France

Publié le 09 septembre 2021

Pourquoi le quinoa ?

Le quinoa, vous voyez ce que c’est ? Cette petite graine qui monte qui monte en production en France et plus particulièrement en Anjou, en Bourgogne et en Mayenne.

Le quinoa français, originaire du Pérou et de la Bolivie, est cultivé depuis une dizaine d’année et constitue à présent entre 30% et 40% de la consommation française.

Cette culture encore assez confidentielle, même si elle prend de l’essor, peut constituer un levier face aux changements climatiques que nous sommes en train de vivre. En effet, le quinoa est très résistant à la sécheresse, phénomène qui prend de l’ampleur d’année en année.

Le quinoa c’est plus de 120 variétés à l’échelle mondiale. Plusieurs variétés s’adaptent au territoire français, il est donc possible de développer cette culture en France en obtenant un produit fini de qualité. Certaines de ces variétés sont dites « sans saponine », une substance amère qui doit normalement être lavée après récolte. Cela permet ainsi de simplifier le processus de récolte.

Plusieurs filières sont construites pour valoriser le quinoa français. La plus connue est la filière « Quinoa d’Anjou », en Mayenne. Agro-logic a également mis en place une filière qui est devenue l’un des plus gros acteurs français du Quinoa avec le négociant Bongrain.

C’est quoi exactement le quinoa ?

Cette petite graine qui monte fait partie de la famille des chénopodes. Cela en fait la cousine des épinards, de la betterave ou encore de l’amarante. Appréciée des Français qui en consomment 10 000 t par an soit 150g/personne. Elle connait un succès fulgurant, sa production a carrément doublée depuis 2013 !

Elle est originaire du Pérou et de la Bolivie où elle est principalement cultivée par des petits producteurs mais face à l’engouement qu’elle connait dans les assiettes plus de 125 pays se sont lancés dans sa culture. En tête, la Chine et les Etats-Unis.

Dépourvues de gluten, riches en protéines et idéalement équilibrées en acides aminés, les graines de quinoa sont également une excellente source de minéraux essentiels, vitamines, antioxydants, acides gras et phytostérols, tous d’un grand intérêt, pour l’alimentation et la santé.

Cette graine est donc cultivable en France, bien valorisée et répond à une demande forte des consommateurs dans un contexte climatique où elle peut trouver toute sa place. Mais comment la cultive t-on ?

L'itinéraire technique pour réussir la culture de quinoa

C’est une plante qui valorise bien la fertilisation organique. On la place donc en général en tête de rotation. Le quinoa est doté d’une racine pivotante mais qui n’est pas très forte. Elle aura donc du mal à s’implanter dans un sol tassé ou hydromorphe.

Pour son implantation, la préparation du sol doit être faite de manière très fine car les graines sont très petites. La difficulté de désherber cette culture doit amener à faire 1 ou 2 faux semis avant l’implantation. Il pourra ensuite être semé au printemps dès que les températures nocturnes ne sont plus inférieures à 5 °C c’est-à-dire le plus souvent en mai sous nos climats.

Différentes possibilités pour semer existent, toutefois, le semis est possible avec un semoir à céréales classique avec un interligne de 15 à 25cm. Le semis doit se faire à vitesse lente car la densité/ha (8 à 10 kg/ha) est très faible et les graines très petites.

La levée du quinoa est une étape assez délicate, il doit faire chaud et humide mais sans excès. Elle se fait généralement en 4 à 5 jours quand les bonnes conditions sont réunies.

Les désherbages peuvent se faire à la herse étrille ou à la houe rotative dès que la plante atteint le stade 6 feuilles et que la racine s’est déjà bien développée. Il est également possible de travailler avec une bineuse.

La culture peut souffrir d’oïdium et de mildiou et ses principaux ravageurs sont les limaces à la levée puis les pucerons.

En fonction de la météorologie, la récolte se fera du 15 août à la fin de septembre. Il existe deux façons de procéder :

  • Soit la plante est bien sèche alors la parcelle pourra être moissonnée de manière classique avec une moissonneuse adaptée.
  • Soit la plante est verte mais proche de la maturité, alors celle-ci sera fauchée et mise en andain, celui-ci sera alors repris par une moissonneuse dotée d’un tapis. La fenêtre de récolte doit être bien surveillée car le quinoa a une grande aisance à germer sur pied.

Une fois récoltée, il faut sécher rapidement la graine qui doit atteindre moins de 14% d’humidité. Les grains seront ensuite triés pour faciliter le conditionnement et la transformation.

Et vous seriez-vous tenter pour intégrer du quinoa à votre rotation ? Que pensez-vous de cette culture ?

Témoignage|

Arnaud Paysan, agriculteur Bio, Niafles (53), 30 ha, 1 ETP

Comment avez-vous connu la culture du quinoa ?

Je me suis penché sur le quinoa lorsque l’on a arrêté la production laitière. J’avais besoin de valoriser les terres avec des cultures à forte valeur ajoutée. On s’est renseignés sur ce qu’il était possible de faire dans les magazines agricoles et on a découvert qu’une filière était en train de se construire près de chez nous. On en a parlé aussi au salon La Terre est Notre Métiers à Retiers (35).

Aujourd’hui, j’en suis à ma 3ème année de culture, et j’implante en moyenne 7 ha par an. Sur notre zone, il y a plus de 120 ha de quinoa plantés.

Quel est votre itinéraire cultural ?

Pour le moment au niveau rotation, on essaye encore de la mettre en place. Je me suis aperçu que sur les terres à maïs les chénopodes et les rumex ressortent beaucoup. Pour moi, le mieux c’est de faire le quinoa derrière une prairie et de surtout ne pas revenir deux fois de suite avec le quinoa sur la parcelle.

En général on sème au 15 avril et après 3 semaines je bine. On récolte fin août. Pour les travaux des champs on est suivi par un technicien avec le contrat de récolte donc ça rassure au départ. C’est un contrat donc 75% des étapes culturales sont assurées par l’entreprise qui fait appel à des prestataires pour trouver les semences, s’occuper du semis, du désherbage, de la récolte. Je travaille avec Agro-Logic qui est en relation avec ETA spécialisées en Bio donc avec une bonne technicité.

Quelles sont pour vous les plus difficultés de cette culture ?

Les plus grosses difficultés de cette culture ce sont les aléas climatiques, notamment pour la fin de la culture. Par exemple cette année c’est seulement la moitié de ce qui a été semé qui a réussi à bien s’implanter car la concurrence avec les chénopodes était trop forte. Il faut donc être vraiment très réactif sur le désherbage mécanique. Aussi les assurances récoltes ne sont pas très confiantes avec ces nouvelles cultures du coup je n’en prends pas.

Quels rendements obtenez-vous et pour quelle valorisation ?

Au niveau rendement, le plus haut que j’ai eu c’est 1.2 t/ha et au plus bas seulement 900 kg/ha.

Il y a une forte demande pour l’alimentation humaine. À l’heure actuelle on valorise à 1 800€ la tonne, il y a quelques années c’était 2 000€/t dont il faut déduire les frais de nettoyage de la récolte qui sont assez importants. Malgré tout la marge reste bonne.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans cette filière ?

Commencer par aller à des réunions d’infos techniques pour vérifier que cette culture s’adapte bien sur son sol et à ses pratiques (notamment les précédents culturaux). Je trouve ça bien de semer avec du trèfle nain pour couvrir le sol et éviter le salissement, un précédent d’avoine est intéressant aussi.

De mon côté, je travaille avec Agrologic basé à Nuillé sur Vicoin et ils ont une forte demande pour l’alimentation humaine. Ils travaillent aussi sur le sarrasin, le chia, les pépins de courges… Après m’être lancé dans le quinoa, j’aimerais essayer les lentilles !

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