Acidose : comment la prévenir ?

Publié le 07 juin 2022

À l'instar de l'acétonémie, l'acidose des ruminants est un trouble du métabolisme. Elle est généralement causée par une mauvaise gestion de l'alimentation, et existe sous plusieurs formes plus ou moins faciles à détecter.

Description

Cette pathologie se manifeste d'abord par une chute du pH dans le rumen (panse), et donc une acidification de cet organe puis du sang pour les cas les plus graves.

Une alimentation trop riche en énergie est la principale cause d'acidose, avec par exemple l'ingestion par les animaux d'une trop forte quantité d'aliments riches en sucres rapidement fermentescibles (comme l'amidon). Ces sucres vont être massivement fermentés par les bactéries du rumen, via un processus qui génère des Acides Gras Volatils (AGV) dont l'impact immédiat est d'abaisser le pH.

À ce stade, la salivation de la vache devient insuffisante pour neutraliser les effets de l'accumulation d'acide lactique.

À titre d'illustration :

  • Le foin et la plupart des fourrages secs sont des aliments riches en fibres et cellulose : la fermentation sera longue et le pouvoir acidogène faible.
  • Les concentrés ou les céréales comme le maïs sont riches en énergie et sucres fermentescibles : leur fermentation est rapide et entraîne une acidification du rumen.

Les différentes formes d'acidose

Acidose aiguë

Les acidoses aiguës sont les formes les plus graves de cette pathologie. Elles résultent généralement d'un accident : problème de distribution, les animaux ont eu un accès anormal au silo de concentrés etc.

Les animaux ingèrent une forte quantité de concentrés ce qui entraîne une acidification brutale du rumen (une chute de pH de 7 à 5,5 par exemple). Cette réaction bouleverse la flore bactérienne du rumen : prédominance de la flore amylolytique au détriment de la flore cellulolytique.

Lorsque trop d'Acides Gras Volatils ont été produits, l'acidose devient sanguine et compromet la santé de l'animal à court terme.

Les symptômes extérieurs suivants sont alors visibles :

  • L'animal est prostré (couché).
  • Il a froid et ne rumine pas.
  • Il a des diarrhées d'élimination.
  • Ses muqueuses sont rouges.
  • Il montre des signes de déshydratation et ballonnement.

Si ces symptômes surviennent après un incident alimentaire, il est urgent de contacter son vétérinaire car l'animal est en danger de mort.

Les traitements généralement administrés en urgence sont l'apport de bicarbonate de sodium par voie orale afin de remonter le pH.

Sub-acidose

Également appelée acidose latente, subclinique, ou instabilité ruminale, l'ARSA (Acidose Ruminale SubAiguë) fait référence à des symptômes plus communs et moins visibles. Une transition trop brutale dans la ration, ou bien une formulation déséquilibrée avec un excès relatif en énergie peut en être la cause.

Les conséquences sont nombreuses et peuvent varier d'un animal à l'autre. En effet, elles peuvent prendre la forme d'un ou plusieurs symptômes listés-ci dessous, cependant ceux-ci ne sont pas toujours imputables à l'acidose subclinique. Ils ne sont donc pas des indicateurs fiables permettant de statuer sur la présence de la pathologie :

  • Une baisse (ou une variation) d'appétit entraînant une baisse de production
  • Une chute du TB (6 points ou plus) et un écart faible TB-TP (inférieur à 3 points)
  • Une mauvaise digestion, observable avec les bouses molles ou de consistance variable (présence de grains)
  • Une augmentation du flux sanguin au niveau des sabots pouvant créer / amplifier des boiteries (fourbures), ou une pousse anormale de la corne devenue friable
  • Perte d'état corporel, poil terne

Le diagnostic de la sub-acidose se fera par la convergence de deux ou trois signes visibles.

Acidose chronique et mesures préventives

Ce terme caractérise davantage la constance de cette pathologie que son intensité. En effet, un phénomène d'acidose subclinique peut perdurer plusieurs semaines si la ration est mal équilibrée, le mode de distribution inapproprié, ou si les animaux ont tendance à trop trier les aliments qu'on leur apporte.

Dans ces circonstances, le pH ruminal est constamment trop bas et peut conduire à un remplacement total de la flore bactérienne cellulolytique par une flore amylolytique, et plus généralement à l'apparition des symptômes cités plus haut.

Pour l'éleveur les principales conséquences économiques sont alors l'affaiblissement du système immunitaire de l'animal et la baisse de ses performances de production (taux du lait, productivité etc.).

Pour prévenir durablement l'apparition de l'acidose, il existe une série de mesures à mettre en place :

  • Apporter régulièrement une alimentation contenant des fibres, et qui stimule la salivation des animaux par la rumination et la mastication. En effet, la salive de la vache contient naturellement du bicarbonate permettant de rehausser son pH ruminal.
  • Eviter les excès de glucides fermentescibles : < 30 % MS d’amidon + sucres dans la ration, et étaler leur distribution : surtout éviter de les apporter lorsque les vaches ont le ventre vide.
  • Des transitions progressives entre les différentes rations, sur deux à trois semaines.
  • En période critique, comme lors d'une rupture de stock, on préconise l'apport de bicarbonate de sodium dans la ration, à raison de 250 à 300 g/VL/j.

Pour résumer :

L'acidose des vaches laitières est une pathologie complexe à appréhender pour les éleveurs. Ses formes aiguës sont rares mais nécessitent une réaction dans l'urgence, et ses formes subcliniques et / ou chroniques sont bien plus délicates à constater car difficilement distinguables d'autres troubles.

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